Il est facile de modifier l’Histoire à volonté, et tentant de fabriquer un récit qui exalte la grandeur passée et escamote les heures les plus ignominieuses. Qui étaient les Morgondes ? Quelle histoire raconter ? À quoi s’exposent les récalcitrants ? Conque est une fable politique sur le rapport entre l’Histoire et le pouvoir quand ce dernier cherche à imposer un narratif frelaté. Toutes les qualités du premier roman de Perrine Tripier se trouvent confirmées dans cet excellent deuxième.
Artiste un peu alchimiste et bricoleur de l'inutile, Bernard Mélois est mort. Alors c'est bien écrit par Clémentine, sa benjamine, est un livre attachant et doux sur le sujet infiniment douloureux du décès d'un parent, le livre que l’on aimerait être capable d’écrire pour faire refluer le chagrin et nous consoler en étirant les moments doux et en retenant un peu de la lumière du défunt pour qu’elle continue à nous éclairer.
Aventures est une nouvelle revue de littérature, dirigée par Yannick Haenel et publiée aux éditions Gallimard au rythme de deux numéros par an — l'un printanier, l'autre automnal. Héritière de L'infini, revue fondée par Philippe Sollers et morte avec lui en 2023, Aventures est un projet ambitieux, résistant, passionné et passionnant, engagé et engageant.
Highlands est un ouvrage que l'on reçoit doublement, en tant que lecteur et en tant que spectateur. Une échappée soudaine pour revenir sur les lieux heureux des vacances d'enfant. Au voyage physique vers les Hautes-Terres écossaises se superpose sur une même plaque sensible le voyage intime vers le passé. Le souvenir se confronte à la réalité. Très beau Highlands, douloureux et salvateur, dont les tableaux ne sont pas de simples illustrations, mais une autre manière de se raconter.
Roman d’une époque qui déshumanise les siens, le premier roman de Mathieu Lauverjat est un roman noir, vide d’espoir qui interroge la place de l’homme pris dans les tentacules d’une société en pleine transformation. Sur le papier cela s’annonce captivant, mais le résultat, dans sa forme, est fastidieux. Il m’a manqué la subtilité du propos — juste, au demeurant — pour adhérer pleinement à Client mystère dont le sujet est sapé par une forme indigente. Une déception.
Les Guerres précieuses est un roman en état de grâce, le premier d’une toute jeune autrice dont j’admire l'acuité du propos et l’élégance de l’écriture habiles à nous transporter, en peu de pages, des possibles de l’enfance aux renoncements de la vieillesse, de la douce fraîcheur d’une pluie d’été à la froideur d’une grande Maison recroquevillée sur un temps perdu. Intensément émouvant. Une merveille.
Olivier Rolin vide les lieux et, en archéologue de son passé, raconte ce qu’il en coûte d’avoir à quitter un appartement où il a vécu pendant près de quarante ans. On chemine avec lui, de digression en digression, alors qu'il revisite les instants d’une vie en s'efforçant d’en restituer toute l’intensité. Terriblement émouvant.
La vérité n’est jamais autant désirable que lorsqu’on peut s’en approcher sans s’en saisir tout à fait. À partir de quelques photos jaunies et de papiers à l'encre presque effacée, la narratrice d'Une façon d’aimer imagine ce qu'aurait pu être la vie de sa tante Madeleine dans le Cameroun d'avant l'Indépendance. Est-il possible de recomposer l’histoire d’une personne sans la comprendre ? Inventer n’est-ce pas forcément mentir ?
Journal d’un deuil, éventaire de souvenirs qui s'agrègent pour raconter la mère disparue brutalement. Ceux qui s'aiment se laissent partir est une autofiction qui comme il se doit fait reculer la frontière entre vie privée et vie publique. Une histoire aussi singulière et qu'universelle que la forme choisie, un rien trop facile, peine à arracher du commun ordinaire.
Rémi David s'intéresse aux quelques années que Jean Genet partagea avec Abdallah Bentaga, jeune acrobate marocain croisé dans le salon d’Olivier Larronde. Deux hommes tout aussi proches que dissemblables que Rémi David, écrasé par son sujet, peine à faire exister. Roman ? Biographie romancée ? Compte-rendu de recherches ? Il manque à Mourir avant que d'apparaître l'agilité de se distancier de son sujet — impressionnant sans doute — pour faire oeuvre romanesque.