Dans les romans de Marie Sizun, les maisons sont des lieux de souvenirs. Elles ont abrité des vies de famille, pour le meilleur ou le pire. La maison du boulevard de l’Océan à l'Île-Tudy ne fait pas exception. Avec ce 13e roman, Marie Sizun continue de tirer le fil des émotions, celui de la famille et des liens sur plusieurs générations, des ressorts intimes de ses personnages, de leurs amours et déchirements, du poison des non-dits avec, tout au bout, la possibilité d’une renaissance.
Les Guerres précieuses est un roman en état de grâce, le premier d’une toute jeune autrice dont j’admire l'acuité du propos et l’élégance de l’écriture habiles à nous transporter, en peu de pages, des possibles de l’enfance aux renoncements de la vieillesse, de la douce fraîcheur d’une pluie d’été à la froideur d’une grande Maison recroquevillée sur un temps perdu. Intensément émouvant. Une merveille.
Olivier Rolin vide les lieux et, en archéologue de son passé, raconte ce qu’il en coûte d’avoir à quitter un appartement où il a vécu pendant près de quarante ans. On chemine avec lui, de digression en digression, alors qu'il revisite les instants d’une vie en s'efforçant d’en restituer toute l’intensité. Terriblement émouvant.
Il aura fallu attendre 27 ans pour lire la suite de La grande Beune. La petite Beune a paru au printemps et voilà Les deux Beune publié chez Verdier. Le lecteur voit sa patience récompensée par un récit des origines bref, tendu, charnel, archaïque, primitif, violent, païen, dans lequel Pierre Michon excelle dans l'art du dilatoire : la chasse plutôt que la prise. Du grand Michon.
La collection Traits & Portraits accueille des textes à caractère autobiographique assortis d'un matériau iconographique souvent tiré des archives de l'auteur. En retraçant la trajectoire de sa famille de l'Inde du XIXe siècle à l'île Maurice à la France, en repigmentant les zones délavées de la mémoire, Nathacha Appanah dessine sa généalogie, y trouve son identité et prouve qu'écrire est une manière d’éviter de tout perdre en retenant ce qui peut encore l’être. Un hommage généreux et pudique.
La vérité n’est jamais autant désirable que lorsqu’on peut s’en approcher sans s’en saisir tout à fait. À partir de quelques photos jaunies et de papiers à l'encre presque effacée, la narratrice d'Une façon d’aimer imagine ce qu'aurait pu être la vie de sa tante Madeleine dans le Cameroun d'avant l'Indépendance. Est-il possible de recomposer l’histoire d’une personne sans la comprendre ? Inventer n’est-ce pas forcément mentir ?
Le vieil incendie, quatrième roman d'Élisa Shua Dusapin, prend la forme d’un journal. Deux soeurs, Agathe et Véra, vont vider la maison familiale et passer neuf jours de novembre en Périgord, en des lieux chargés de souvenirs qui lentement remontent à la surface. Une intrigue faussement simple pour un roman à pages comptées, d’une grande délicatesse, porté par une écriture sans fioritures ni bavardage, à mille lieues de la profondeur du propos.
Lucas Belvaux livre un premier roman qui va au-delà du simple roman noir ; Les Tourmentés est un roman choral outrenoir. Tous les éléments qui font un excellent thriller sont là, dosés à la perfection. Le rythme enlevé ; le ton cynique ; la critique sociale ; les personnages et leurs démons ; le fil narratif tendu à l’extrême, à un rien de casser mais qui ne rompt pas ; jusqu’au final où se révèle la rouerie de l’auteur qui envoie valser tout ce que le lecteur avait échafaudé. Chapeau !
Journal d’un deuil, éventaire de souvenirs qui s'agrègent pour raconter la mère disparue brutalement. Ceux qui s'aiment se laissent partir est une autofiction qui comme il se doit fait reculer la frontière entre vie privée et vie publique. Une histoire aussi singulière et qu'universelle que la forme choisie, un rien trop facile, peine à arracher du commun ordinaire.
Les Envolés, premier roman d'Étienne Kern, raconte l'histoire de Franz Reichelt dont la chute mortelle depuis le 1er étage de la tour Eiffel fut filmée le 4 février 1912 devant une foule de badauds incrédules. La construction en miroir entre passé et présent est l'occasion pour l'auteur de visiter ses propres envolés. L'écriture à mots choisis interroge l'attirance magnétique du vide et l'empreinte laissée par ces disparus volontaires ou non. Un épatant premier roman.